Alerte dans votre tasse : un rapport révèle des résidus élevés de pesticides dans des cafés importés
Fuente del artículo: Futura / Par Christelle Cherrier
© Xavier Demeersman, ChatGPT
Résidus de pesticides, travailleurs agricoles surexposés, biodiversité menacée… Un nouveau rapport dresse un état des lieux préoccupant de la filière café. Au-delà de la qualité de la boisson, il interroge les pratiques agricoles qui se cachent derrière l'une des cultures les plus consommées au monde.
Selon l’International Coffee Organization (ICO), ce sont plus de 3 milliards de tasses de café qui sont consommées, chaque jour, dans le monde. Mais, derrière cette boisson incontournable, associée au plaisir et à la convivialité, se cache pourtant une réalité bien moins connue. Dans un rapport publié en juin 2026, l'ONG Coffee Watch alerte sur le recours massif aux pesticidesPesticideLe terme pesticide vient de l’anglais. Il est formé du suffixe -cide qui vient du latin cida signifiant tuer et de l’anglais pest signifiant nuisible ainsi que du latin pestis pour maladie contagieus…Lire la suite dans les principales régions productrices de café. Si des résidus peuvent se retrouvés dans les grains exportés, les auteurs insistent aussi sur les conséquences sanitaires pour les millions de travailleurs exposés quotidiennement à ces substances.
Une culture parmi les plus gourmandes en pesticides
Intitulé « Poison in Your Coffee », le rapport passe en revue des centaines de publications scientifiques et des données provenant notamment du Brésil, du Vietnam, du Kenya et de la Colombie. Son constat est sans appel : 159 substances actives sont utilisées dans la culture du café, dont près de 60 % sont classées comme pesticides hautement dangereux et 59 % sont interdites dans l'Union européenne.
Le rapport souligne que les caféiers peuvent recevoir jusqu'à une vingtaine de traitements phytosanitaires par saison afin de lutter contre les ravageurs et les maladies. Selon les auteurs, cette dépendance pourrait encore s'accentuer sous l'effet du changement climatique. La hausse des températures, les épisodes de sécheresse et l'évolution des ravageurs favorisent la propagation de maladies comme la rouille du caféier (coffee leaf rust) ou le scolyte des baies (coffee berry borer), poussant certains producteurs à multiplier les traitements.
Des résidus retrouvés dans une partie des cafés importés
Les auteurs s'inquiètent de la présence de résidus de pesticides dans les cafés destinés à l'exportation. Selon les données analysées, 19 % des échantillons de café vert analysés contiennent des résidus.
En 2022, les autorités européennes n'ont contrôlé que 44 échantillons de café vert, dont 23 % contenaient des pesticides interdits dans l'Union européenne. Plus préoccupant encore, la présence de ces substances interdites dans le café importé aurait été multipliée par dix entre 2011 et 2022, selon le rapport.
Le lavage des grains et la torréfaction permettent de diminuer une partie des résidus de pesticides, mais pas systématiquement. Les auteurs expliquent que certaines molécules, plus stables à la chaleur ou fortement liées au grain de café, peuvent persister jusqu'au produit consommé.
Une étude publiée en 2024 dans Journal of Food Composition and Analysis, montre que jusqu'à 79 % des cafés torréfiés peuvent contenir plusieurs résidus simultanément, formant ce que les auteurs qualifient de « cocktail » de pesticides.
Les producteurs et l'environnement paient le prix fort
Pour Coffee Watch, les premières victimes de cette utilisation intensive des pesticides restent les travailleurs agricoles. La filière fait vivre environ 25 millions de producteurs et 100 millions de travailleurs dans le monde, dont beaucoup manipulent ces produits sans protection adaptée.
Parmi les 159 substances recensées, 22 sont classées cancérogènes ou probablement cancérogènes, 40 sont toxiques pour la reproduction ou perturbateurs endocriniens et 29 sont neurotoxiques.
Au-delà des risques pour la santé humaine, l'ONG alerte aussi sur la contamination des sols et des cours d'eau, le déclin des pollinisateurs et l'érosion de la biodiversité.
Si les données disponibles ne permettent pas de conclure à un risque sanitaire pour les consommateurs, ce rapport invite à regarder au-delà de la tasse. Les auteurs estiment qu'un développement plus large des pratiques agroécologiques et des systèmes agroforestiers permettrait de réduire le recours aux pesticides tout en rendant les plantations plus résistantes aux effets du changement climatique.