Cadmium : faut-il passer au bio pour moins s’exposer ? Voici ce que l’on sait à ce stade
Fuente del artículo: Futura
Par Véronique Molénat
© nenetus, Adobe Stock
Manger bio limite-t-il vraiment l’exposition au cadmium ? Derrière les idées reçues, les études scientifiques peinent à trancher. Entre incertitudes, controverses et données partielles, voici ce que l’on sait vraiment et ce que vous pouvez faire dès maintenant pour limiter votre exposition.
« Si je privilégie les pommes de terre, le pain, les pâtes et les légumes issus de l'agriculture bio, serai-je moins exposée au cadmium ? » Depuis que l'Anses a publié son rapport explosif sur ce métal lourd classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction (CMR), c'est la question que de nombreux consommateurs se posent. Malheureusement, le sujet est controversé.
D’où vient le cadmium des aliments ?
Pour bien comprendre le débat, il faut savoir que le cadmium retrouvé dans le blé ou les pommes de terre - les principaux aliments contributeurs à l'exposition des Français - provient du sol sur lequel ces végétaux sont cultivés. Mais pourquoi y a-t-il du cadmium dans les sols agricoles ? Selon l'Inrae, une partie de cadmium a une origine naturelle ; il est issu de la roche mère. C'est le cas des sols situés sur les roches calcaires de Champagne, de Charente ou du Jura ou encore de ceux des Causses.
Une autre partie est « historique », elle vient des retombées de la pollution atmosphérique liée à l'industrialisation et l'urbanisation du XXe siècle ; cette pollution est aujourd'hui très faible.
La dernière fraction vient des engrais phosphatés (roches phosphatées broyées) que les agriculteurs appliquent. La France les importe majoritairement du Maroc dont les sols sont particulièrement riches en cadmium. Selon l'Anses, c'est la « principale source anthropique d'apport de cadmium aux sols ».
Un sujet polémique
L'Anses affirme que le bio est « potentiellement tout aussi impacté que l'agriculture conventionnelle » et qu'en l'état actuel des connaissances, « il n'est pas possible de conclure quant à une différence entre les concentrations en cadmium des aliments bio et conventionnels ». Les réserves de l'Agence seraient donc liées avant tout à un manque de données.
De son côté, la Fédération nationale de l'agriculture biologique (FNAB) déplore dans un communiqué que le rapport de l'Anses contient des « erreurs factuelles ». Elle affirme que « non seulement l'agence n'a pas pris en compte les travaux récents qui montrent que les agriculteurs bio utilisent peu, voire pas de phosphate minier, mais en plus le règlement bio impose déjà le respect de seuils plus exigeants qu'en conventionnel ».
C'est vrai, en France, la teneur en cadmium des engrais phosphatés est limitée à 60 mg/kg de phosphate, de manière stricte pour le bio et moins stricte pour le conventionnel (tolérance jusqu'à 90 mg/kg). Mais que disent vraiment les études menées sur les produits issus de l'agriculture biologique ?
Ce que dit la science
Une méta-analyse publiée en 2014 dans le British Journal of Nutrition a bien mis en évidence que le cadmium est présent à des concentrations 48 % inférieures dans les cultures bio. Problème : les échantillons étudiés provenaient de plusieurs pays européens, pas seulement de France, et ne concernaient pas uniquement les céréales. Difficile, donc, d'en tirer des conclusions sur les produits céréaliersCéréalierLe céréalier est un agriculteur spécialisé dans la culture de céréales comme le blé, l’orge, le maïs, ou encore le colza. Il gère l’ensemble du cycle de production, de la préparation du sol jusqu’à l…Lire la suite consommés en France.
Mais c'est l'étude « Phosphobio », publiée en août 2025 dans la revue Agronomy, qui sème le plus de doutes. C'est elle qu'évoque la FNAB dans son communiqué. Les auteurs ont analysé le recours aux engrais sur cinq ans dans 140 exploitations certifiées « agriculture biologique » françaises. Parmi elles, une seule avait utilisé les fameux engrais phosphatés, ce qui laisse penser que les agriculteurs qui font du bio utilisent très peu les fameux engrais marocains riches en cadmium. Sans compter que l'apport de matière organique, comme c'est souvent le cas en agriculture bio, rendrait le cadmium moins disponible pour les plantes (phénomène qui dépend néanmoins du pH du sol).
Un débat impossible à trancher à l’heure actuelle
Faut-il pour autant en déduire que le bio contient moins de cadmium ? Difficile de l'affirmer aujourd'hui, par manque de données sur les teneurs en cadmium des produits alimentaires issus de l'agriculture biologique, mais également parce que les parcelles reconverties en bio héritent souvent du stock de cadmium naturel et de celui apporté par l'Homme.
Selon Marc-André Selosse, chercheur au Muséum d'Histoire naturelle qui a participé à un débat sur le cadmium diffusé sur La Chaîne Parlementaire (LCP), l'ensemble des données dont on dispose aujourd'hui en Europe suggère que les produits bio pourraient contenir 30 % de moins de cadmium par rapport à ceux issus de l'agriculture conventionnelle, mais elles sont très parcellaires.
Pour Christophe Nguyen, directeur de recherche à l'Inrae qui a été interrogé par le service Check News de Libération, « dans la littérature scientifique, on observe qu'en moyenne, le bio est moins contaminé, mais pas systématiquement et pas pour toutes les cultures ».
Des études complémentaires devront être menées spécifiquement en France pour pouvoir pour établir un comparatif fiable... et savoir si vous avez vraiment intérêt à vous tourner vers les produits bio pour diminuer votre exposition au cadmium.
Ce que vous pouvez faire en attendant
Rappelons que l'excès d'imprégnation au cadmium de la population française (50 % des adultes et tous les enfants âgés de 2 à 3 ans dépasseraient les normes) serait lié à une consommation excessive de pain, pommes de terre, pâtes, riz, viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et autres biscuits sucrés.
Ceux-ci contribuent à plus de la moitié (55 %) de la part de la source alimentaire à l'imprégnation humaine. Varier davantage son alimentation, remplacer plus souvent les pâtes et les pommes de terre par des légumineuses et manger moins de produits gras et/ou sucrés (céréales du petit déjeuner chocolatées, chocolat, biscuits, pâtisseries...) reste un moyen sûr d'abaisser son imprégnation... et de rester en bonne santé.
Ce que vous devez retenir
Un certain nombre d'études suggère que les produits bio contiennent moins de cadmium.
Les données sont cependant parcellaires et ne permettent pas aujourd'hui d'affirmer avec certitude qu'il faut privilégier le bio.
À l'heure actuelle, le moyen le plus sûr de réduire son exposition est de varier son alimentation et de remplacer plus souvent les pâtes et le pain par des légumineuses.