Pain, riz, pommes de terre… : pourquoi la France est devenue l’un des pays les plus exposés au cadmium

Fuente del artículo: TopSante

Par Bruno Parmentier

Cadmium : ce métal toxique, présent dans de nombreux aliments du quotidien, expose une large part de la population à des risques sanitaires encore sous-estimés. © XD, ChatGPT

Un nouveau rapport officiel de l’Anses vient confirmer les alertes sur le cadmium, que des médecins libéraux ont qualifié, en mai 2025, de « véritable fléau de santé publique ». On découvre que ce métal est malheureusement beaucoup trop présent dans l’alimentation des Français (nettement plus que chez leurs voisins), alors que, jusque-là, d’autres contaminants (comme le plomb, le mercure, l’arsenic ou les pesticides) avaient largement monopolisé notre attention. Tentons de faire un point objectif sur ce sujet qui, comme souvent en matière d'alimentation, suscite de très nombreuses réactions…

Le cadmium est malheureusement présent dans les engrais phosphatés, et en particulier en teneur élevée dans les engrais marocains, que la France importe massivement en raison de leur prix et de nos accords de libre-échange. Du sol, il remonte dans les plantes, et en particulier le blé, le riz et la pomme de terre, qui sont massivement consommés, mais aussi les fruits et légumes, et le tabac. Il s'écoule également dans la mer, où il est concentré par les mollusques et poissons.

Il est également présent dans certaines roches volcaniques, en particulier celles d'Amérique centrale où l'on cultive le cacao (surtout le cacao bio !). Il s'accumule dans le corps des consommateurs, fumeurs et gros mangeurs de blé et de pommes de terre, en particulier chez les femmes, plus sensibles, et les enfants. Il met des dizaines d'années à se purger, à la fois dans les sols et les corps. Il est extrêmement dangereux et favorise l'apparition de plusieurs pathologies graves, dont le cancer.

Un vrai scandale sanitaire

On possède maintenant des systèmes de mesures beaucoup plus performants. Ils révèlent que la France est beaucoup plus touchée que ses voisins. 

Dans un nouveau rapport de l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation), publié fin mars 2026, il y est écrit que « près de la moitié de la population adulte française dépasse les valeurs toxicologiques de référence... soit des niveaux trois à quatre fois supérieurs à ceux d'autres pays comme la Belgique, l'Angleterre ou l'Italie... Et 36% des enfants de moins de trois ans sont dorénavant touchés ». En résumé, on a affaire à un vrai scandale sanitaire.

Près de la moitié de la population adulte française dépasse les valeurs toxicologiques de référence

Il semble urgent de commencer par appliquer les normes européennes de taux maximum dans les engrais, que la France a ignorées jusqu'à présent, notamment en diversifiant nos sources d'approvisionnement en engrais, en recyclant mieux le phosphore existant, en « décadmiant » les engrais (un procédé malheureusement coûteux), et en diminuant nos apports en engrais azotés.

D'ores et déjà, il convient de mieux faire attention à son alimentation, surtout celle des enfants, en diminuant leur consommation de biscuits, et céréales du petit déjeuner (surtout les chocolatés), en augmentant la part du bio (sauf pour le chocolat), en diversifiant davantage son alimentation... et en arrêtant de fumer.

Pour rester en bonne santé, nous avons besoin d'absorber toutes sortes d'éléments minéraux, et donc d'avoir une alimentation diversifiée.

Pour une bonne part, ces éléments peuvent à la fois causer des maladies si nous n'en avons pas assez et si nous en avons trop ! Avant de parler du cadmium, faisons un détour par exemple par l'iode. Le corps d'un Homme en bonne santé n'en possède qu'une quantité infime, même pas 1/10 de gramme, mais :

  • s'il n'en a pas assez, il risque d'avoir des problèmes avec sa glande thyroïdienne : fatigue, prise de poids, intolérance au froid, dépression, mais aussi déficience intellectuelle et trouble de la croissance ;

  • à l'inverse, s'il en a trop, il sera victime de palpitations, tremblement, brûlures buccales, douleurs abdominales, avec un fort risque de cancer de la thyroïde.

En Europe, on craint davantage la carence (hypothyroïdie) que l'excès (hyperthyroïdie), d'autant plus que les populations qui vivent loin de la mer n'en trouvent pratiquement pas dans les plantes qu'elles mangent. Les pouvoirs publics tentent de juguler ce gros problème de santé publique en ajoutant artificiellement de l'iode au sel de table vendu dans le commerce, tout en recommandant les régimes sans sel à ceux qui risquent d'en avoir trop.

Le cadmium, un pur poison pour l'Homme

Revenons au cadmium : il est, lui, un pur poison pour l'Homme (contrairement au fer, au magnésium, au zinc, au cuivre, au soufre, etc.) ; il n'intervient dans aucun processus métabolique et est hautement toxique ; l'idéal serait donc de s'en passer totalement dans notre corps. Une fois absorbé, il peut s'accumuler dans le foie et les reins avec de multiples effets irréversibles : ostéoporose, calculs rénaux, douleurs osseuses, emphysème, hypertension, athérosclérose, risques d'infarctus, infertilité, sensibilité accrue aux infections, troubles neurodégénératifs... Il est de plus classé cancérogène avéré (poumon, prostate, rein, sein, et suspicion pour le pancréas) !

Citons l'exemple déplorable de la maladie Itaï-itaï (Aie-aie !) apparue dans la baie de Mimatama au Japon dans les années 1950, lorsque la population de pêcheurs a été dévastée par la consommation de poissons contaminés au mercure et au cadmium par les rejets des entreprises minières locales. Leur intoxication massive a provoqué un ramollissement des os et une insuffisance rénale. La maladie est ainsi nommée à cause des violentes douleurs localisées à la colonne vertébrale et aux articulations. À un moindre degré, on peut évoquer en France les pollutions issues de l'ancienne usine Metaleurop dans le Nord.

Heureusement, l'organisme élimine naturellement le cadmium via les urines et les selles, mais... très lentement (demi-vie 10 à 30 ans pour les reins) ; on risque donc de l'accumuler, à force d'en absorber quotidiennement, ne serait-ce qu'un petit peu !

Présent dans la croûte terrestre... et dans les champs

Le cadmium, inaltérable à l'air et résistant en milieu marin, est utilisé par les industriels pour fabriquer des accumulateurs, des écrans d'ordinateur ou de télévision, des barres de contrôle des réacteurs nucléaires, mais aussi des alliages pour les soudures ou des fusibles, des pigments pour les peintures, encres, émaux et céramiques, en galvanoplastie, comme stabilisant des matières plastiques. On en produit environ 26 000 tonnes par an, principalement en Asie (Chine, Corée du Sud, Japon).

Les dangers viennent dans ce cas des rejets des entreprises industrielles... qui sont, heureusement, très contrôlées en France. Mais, malheureusement, il est aussi trop souvent présent dans nos champs, particulièrement dans trois cas préoccupants pour notre alimentation.

1. Certaines roches volcaniques sont extrêmement fertiles car riches en éléments nutritifs comme le potassium, le phosphore, le magnésium, le calcium et des oligo-éléments (zinc, fer, etc.) et en matière organique. La texture légère et aérée de ces sols permet un bon drainage tout en retenant l'humidité, évitant ainsi l'asphyxie des racines ou la sécheresse. Ces éléments ainsi que leur pH légèrement acide favorisent la croissance des cacaoyers et améliorent la qualité des fèves. On les y cultive donc souvent. C'est notamment le cas au Pérou, Équateur, Colombie, République dominicaine, etc. Malheureusement ces terres sont également riches en cadmium, qui est absorbé par le cacao et contamine donc de chocolat.

Curieusement, dans ce cas précis, le chocolat bio, souvent issu de filières provenant de ces pays, est souvent plus contaminé que le chocolat « ordinaire », qui, lui, provient en général des Ghana et Côte d'Ivoire, où on ne cultive pas sur des sols volcaniques ! Notons qu'on en trouve également dans certaines roches calcaires comme en Champagne, Charente ou dans le Jura !

2. Les coquillages et crustacés, ainsi que les algues, mais aussi les poissons carnivores, ne cessent de filtrer l'eau de mer et de concentrer les éléments indésirables, nous ramenant sur notre table les déchets que nous avons rejeté dans la mer. Voir à ce sujet le dossier : « Le poisson est-il bon ou mauvais pour la santé ? » 

3. Les plantes dont la culture fait l'objet de beaucoup d'apports d'engrais, et en particulier les céréales, mais aussi les plantes à feuilles (salades, choux, tabac), consomment beaucoup de phosphore minéral. Malheureusement, les gisements de phosphore, particulièrement ceux du Maroc, possèdent du cadmium sous forme d'impureté (allant jusqu'à 73 mg/kilo). Or ce pays est le plus gros producteur mondial de cet engrais et le seul pays à en posséder encore des réserves considérables, ce qui va progressivement le mettre en position de monopole. 

Depuis des années, la France n'achète pratiquement que du phosphate marocain, en grande quantité : on épand ainsi, en plus du phosphate, de 2 à 6 g de cadmium par hectare et par an, soit, 82 tonnes/an. Nos sols sont en fait beaucoup plus contaminés que ceux de nos voisins européens. Et l'utilisation d'engrais ne cesse d'augmenter dans l'agriculture mondiale, et française. Voir à ce sujet l'article : « Pour ou contre les engrais minéraux pour nourrir l'humanité ? ».

Dans ce cas, naturellement, la culture « bio », cultivée sans engrais minéraux, présente en moyenne moitié moins de cadmium que les aliments issus de l'agriculture intensive.

Et bientôt le Maroc (et le Sahara occidental) seront les derniers et seuls producteurs de cet élément décisif pour la productivité de l'agriculture... mais avec le cadmium qui y est fortement associé ! Bon, il semble que depuis 2022, les Marocains se soient conformés aux exigences de l'Europe et ne livrent plus que du cadmium inférieur à 50 mg et ce sera 25 mg à compter de 2027. Donc acte, mais dans de nombreux champs, « le mal est fait » depuis des années...

Car les engrais phosphatés diffusent donc du cadmium sur nos terres agricoles depuis des décennies, alors qu'il ne se dégrade pas et a du mal à être lessivé par la pluie, d'autant plus avec les sécheresses récurrentes. Nos terres en ont donc pour des décennies à en être contaminées, même si on arrête d'en répandre, ou si on utilise dorénavant du phosphate à faible taux de cadmium ! 

L'Inrae vient d'ailleurs de publier une étude très précise qui fait notamment le point de la contamination de nos sols, région par région : « Pourquoi y a-t-il du cadmium dans les sols et comment le retrouve-t-on dans l'alimentation ? ».

Pourquoi un nouveau scandale, maintenant ?

C'est un paradoxe bien connu que plus notre nourriture est saine, moins on meurt après souper, mais plus l'opinion publique devient sensible aux derniers problèmes qui subsistent et scandalisée qu'ils existent encore. De plus, nos méthodes de détection ne cessent de faire des progrès et nos machines isolent des quantités de plus en plus infimes. Or, il y a « de tout dans tout ». La spectrométrie de masse arrive maintenant à détecter des concentrations de l'ordre du centième de millionième de gramme par kilo (0,01 μg). À ce niveau, on a tous du cadmium dans le corps !

On a tous du cadmium dans le corps !

En matière de cadmium, la dose hebdomadaire tolérable d'absorption (DHT) fixée par l'Autorité européenne de sécurité des aliments EFSA (2011) est de 2,5 millionièmes de gramme par kilo de poids corporel (µg/kg). Par exemple, une personne de 70 kilos ne devrait pas dépasser 175 µg/semaine. Dans la plupart des cas, on a encore beaucoup de marge, raison de plus pour agir rapidement avant que la situation ne dégénère vraiment.

Convaincue qu'il présente « un risque inacceptable pour l'homme et l'environnement », la Commission européenne a récemment décidé de durcir sa réglementation en introduisant une limite pour la teneur en cadmium des engrais phosphatés - après une farouche bataille avec les lobbys des fertilisants !

Fixée à 60 mg/kg depuis juillet 2022, la limite doit être abaissée à 20 mg/kg d'ici à 2034. Mais les États restent libres de fixer leurs propres normes pour les engrais vendus uniquement sur leur territoire. Du coup, le gouvernement français ne l'a pas encore suivie, restant à une limite de 90 mg/kg, qui lui permet de continuer à utiliser tels quels les engrais marocains, alors que certains pays, comme la Finlande, la Hongrie, la Slovaquie ou la Roumanie, appliquent déjà ce seuil.

La France « malade du cadmium » ?

La France serait-elle donc « malade du cadmium », comme l'estiment dorénavant plusieurs médias et lanceurs d'alerte ?

Selon des dernières données de l'Anses, l'imprégnation de la population française a quasiment doublé en dix ans ! La situation devient nettement préoccupante chez les plus jeunes : si 13 % des enfants peuvent être considérés comme contaminés, ce chiffre monte à 36 % pour les moins de 3 ans. 

L’imprégnation moyenne des Français serait ainsi trois fois supérieure à celles des Américains et plus de deux fois supérieure à celle des Italiens

L'imprégnation moyenne des Français serait ainsi trois fois supérieure à celles des Américains et plus de deux fois supérieure à celle des Italiens. Chez les enfants, la différence serait encore plus marquée : les jeunes Français (6-10 ans) seraient cinq fois plus contaminés que les jeunes Américains (0,06 µg/g), six fois plus que les Allemands du même âge (0,05 µg/g) et quinze fois que les petits Danois (0,02 µg/g) !

Notons que les femmes sont plus exposées que les hommes car elles sont souvent sujettes à des carences en fer (car elles en perdent beaucoup dans leurs règles). Or, cadmium et fer empruntent les mêmes voies d'absorption dans l'intestin, et en cas de déficit en fer, la proportion de cadmium absorbée par l'organisme peut doubler.

Le journal Libération estime ainsi « qu'il faut maintenant sensibiliser la population à ce danger ». Tandis que Le Monde montre « qu'il ne faut absolument pas prendre à la légère cette menace », et estime « qu'en la matière, la carence de l'état est fautive ».

Comment diminuer drastiquement nos épandages de cadmium ?

Même si le temps de résilience du cadmium dans les sols est long, probablement plus de 10 ans, il importe de commencer par diminuer drastiquement les apports actuels sur nos champs. Comment faire ? On a le choix entre au moins quatre mesures, la vérité résidant probablement dans une combinaison des quatre.

1. Substitution des sources de phosphate

La méthode la plus directe consiste à s'approvisionner en roches phosphatées naturellement pauvres en cadmium. Par exemple, certaines mines en Russie ou en Afrique du Sud proposent des phosphates moins contaminés que ceux du Maroc qui sont actuellement utilisés en France.

Cette solution est encouragée par l'Anses et permet de respecter les nouvelles normes européennes sans traitement supplémentaire. Mais les mauvaises relations que nous avons avec la Russie ne facilitent pas cette solution, qui de toute façon n'aurait qu'un temps puisque, comme on a pu le voir ci-dessus, ces pays ne possèdent chacun que 2 % des réserves mondiales, contre 70 % au Maroc.

2. « Décadmiation » des engrais

Lorsque la substitution n'est pas possible, des procédés chimiques ou physiques permettent d'extraire le cadmium des engrais :

Ces procédés sont efficaces. Mais leur mise en œuvre industrielle reste complexe et coûteuse. Ils peuvent entraîner une augmentation du prix de l'engrais de l'ordre de 100 € par tonne, ce qui représente un surcoût d'environ 2 € par hectare pour une culture comme le blé. Notons que rien n'empêche l'État de prendre en charge ce surcoût, pour des raisons sanitaires.

3. Recyclage et diversification des sources de phosphore

Une autre piste est de réduire la dépendance aux engrais minéraux en recyclant le phosphore présent dans les effluents d'élevage, les boues de stations d'épuration, les urines humaines prélevées à la source, ou les os calcinés. Ces alternatives organiques contiennent généralement moins de cadmium et permettent de limiter l'accumulation dans les sols. Mais elle nécessite une véritable organisation.

4. Augmentation des surfaces de culture en bio

L'agriculture biologique s'abstient d'utiliser des engrais minéraux. Elle échappe ainsi aux apports délétères issus des engrais phosphatés. Mais il convient également de rappeler que la productivité moyenne du blé en bio est deux fois inférieure à celle du blé utilisant des engrais et pesticides chimiques (30 quintaux par hectare en moyenne contre 70).

La généralisation de la culture de céréales biologiques dans le Bassin parisien provoquerait ainsi, soit une diminution forte de notre production nationale, soit l'obligation d'augmenter fortement les surfaces cultivées, deux inconvénients majeurs... 

D'autre part, comme le cadmium met 10 à 30 ans à s'évacuer des sols, tous les champs récemment passés en bio continueront pendant longtemps à transmettre leur cadmium aux plantes qui y sont cultivées !

Comment se prémunir du cadmium ?

Gardons notre sang-froid, on ne va pas tous mourir du cadmium demain matin, mais activons donc dès maintenant notre vigilance en prenant quelques mesures préventives ! Car, une fois fixé dans notre corps, ce satané cadmium met 10 à 30 ans à en partir complètement... L'Anses nous donne d'ailleurs quelques pistes d'action.

Voici quelques conseils de bon sens pour survivre malgré les dangers (relatifs) du cadmium dont les médias se sont brusquement emparés.

  • Les fumeurs sont particulièrement exposés. Rappelons que le tabac provoque 75 000 morts par an en France... et nous prenons conscience maintenant qu'en particulier les feuilles de tabac concentrent le cadmium présent dans les engrais qui ont accéléré sa pousse ! Car bien évidemment, s'agissant de la production de cette drogue, on est fort loin d'une agriculture bio !

  • Les travailleurs et voisins de certaines industries (métallurgie, recyclage des batteries au cadmium, engrais phosphorés) sont malheureusement exposés aux fumées et les poussières émises. Dans tous les cas, éviter les jardins potagers et les écoles à proximité de ces usines, et ne pas y recueillir les eaux de pluie !

  • Certains aliments comme les crustacés, les gros poissons, les algues, mais aussi les champignons ou les abats animaux ont fortement concentré les polluants, comme le cadmium. Il convient naturellement de les consommer avec modération, et pas du tout s'agissant des femmes enceintes !

  • Les céréales et pommes de terre présentent en général moins de teneur en cadmium, mais, comme on en mange beaucoup, cela finit par compter plus que toute le reste. Or, elles sont la plupart du temps cultivées avec beaucoup d'engrais minéraux. Surtout en France, championne mondiale de la productivité, mais au prix d'une utilisation d'engrais beaucoup plus importante que celle de nos voisins. Malheureusement, on ne voit pas très bien comment s'en passer dans notre alimentation... On peut éventuellement privilégier le bio, cultivé sans engrais minéral, tout en sachant que ces produits bio continuent à contenir du cadmium pendant plus de 10 ans après la conversion des terres en bio, puisque le délai de nettoyage des terres est très long. Dans tous les cas, ne pas abuser des farines complètes non bio, et aussi se méfier des blés d'Europe de l'Est, parfois cultivés sur d'anciennes zones industrielles. Et peler les pommes de terre (non bio), car les contaminants sont davantage présents dans la peau. Une étude américaine publiée en 2018 montre ainsi que, pour quatre légumes sur cinq (tomate, pomme de terre, oignon, carotte), les teneurs en cadmium sont deux à quatre fois plus faibles en agriculture biologique...

  • Pour les enfants, ne pas abuser des biscuits et des céréales du petit déjeuner, parfois fabriquées à partir de blé bon marché... Attention aux mueslis aux noix/amandes/chocolat et préférer ceux à base de blé ou maïs. Et d'une manière générale, éviter une trop grande consommation de cacao... malgré les multiples pressions de ces chères têtes blondes.

  • Le riz est une plante particulièrement concernée car cultivée sur des sols inondés, alors que la forme soluble du cadmium est mieux absorbée par la plante. Éviter ce point de vue le riz complet, car les polluants s'accumulent dans le son (enveloppe du grain). Or, une partie du riz est malheureusement irriguée avec une eau contaminée, alors que cette plante absorbe deux à cinq fois plus de cadmium que le blé... On peut également varier les provenances du riz pour partager les risques... Limiter le riz thaïlandais, réputé plus exposé, ainsi que le riz espagnol du delta de l'Ebre et italien de la plaine du Pô. Cuire le riz dans beaucoup d'eau, pour mieux diluer, et jeter l'eau de cuisson.

  • Les végétariens sont davantage exposés, car ils consomment beaucoup de céréales accompagnées de noix et légumineuses.

  • Heureusement, la viande de poulet et de porc (comme la plupart des viandes issues d'animaux d'élevage mangeant des céréales et légumineuses) est peu contaminée par le cadmium. En effet, le cadmium ingéré par les animaux se fixe principalement dans leurs reins et leurs os, des parties généralement non consommées par l'Homme. Ainsi, les muscles (la viande proprement dite) en contiennent très peu. Seuls les abats (foie, rognons, etc.) sont plus dangereux.

  • Faut-il carrément bannir le chocolat et les produits chocolatés comme le suggère l'UFC-Que choisir ? Non bien sûr, mais réduire peut-être !

Mais procéder avec modération, car parfois le remède peut être pire que le mal et un régime strict par peur du cadmium peut mener à de réelles carences, par exemple en fer, magnésium ou antioxydants !

Au total, il y a donc vraisemblablement un vrai problème cadmium spécifique à la France, et donc une certaine urgence à motiver les pouvoirs publics pour qu'ils s'en saisissent... mais on n'est vraisemblablement pas (encore ?) au niveau d'un véritable scandale sanitaire. Bon appétit quand même !