La feuille d'olivier : d'un usage exclusif pour nourrir le bétail à un superaliment essentiel pour enrichir la nutrition humaine
Fuente del artículo: TopSante
À Grenade, des chercheurs revoient entièrement le destin de la feuille d’olivier, longtemps réservée au bétail. Leur pari pourrait modifier nos huiles d’olive… et bien plus.
EN BREF
À Grenade, le Grupo Operativo BIOREVALEAF, soutenu par le CIDAF et l’Université de Grenade, travaille de 2023 à 2025 sur la feuille d’olivier.
Le projet utilise fermentation et extractions green pour concentrer polyphénols et développer des huiles d’olive fonctionnelles ainsi que d’autres ingrédients alimentaires enrichis.
Entre bioéconomie, nutrition et environnement, cette feuille longtemps négligée pourrait s’imposer discrètement dans de nombreux aliments du quotidien, bien au-delà des simples tisanes.
Longtemps cantonnée aux râteliers des troupeaux, la feuille d’olivier commence à quitter les étables pour s’inviter dans nos assiettes. Dans le sillage du succès de l’huile d’olive, ce sous-produit de l’arbre Olea europaea attire désormais la recherche, qui y voit un futur superaliment capable d’enrichir la nutrition humaine.
Derrière ce basculement, un projet pilote mené à Grenade, en Andalousie, veut transformer ces feuilles, autrefois réservées au bétail ou aux tisanes, en ingrédients riches en composés bioactifs pour l’alimentation courante. L’ambition est forte, mais elle reste scientifique avant d’être marketing : faire de la feuille d’olivier non pas un produit miracle, mais une nouvelle brique d’économie circulaire au service de la santé publique et de l’environnement.
Feuille d’olivier superaliment : d’un résidu pour bétail à ressource d’économie circulaire
La feuille d’olivier est la feuille de l’arbre Olea europaea, omniprésent dans le bassin méditerranéen. Pendant des décennies, elle a surtout servi à nourrir le bétail ou à être séchée en infusion, alors qu’elle représente environ 10 % de la biomasse générée lors de la production d’huile d’olive selon une analyse publiée sur PubMed. Ce volume massif en fait un gisement idéal pour la bioéconomie : valoriser un résidu agricole au lieu de le laisser se perdre.
Si cette feuille intéresse tant les chercheurs, c’est qu’elle concentre des fibres et surtout des polyphénols, ces molécules végétales au pouvoir antioxydant étudié. Parmi elles, l’oleuropéine, l’hydroxytyrosol et le tyrosol dominent. Des travaux compilés sur ScienceDirect montrent que ces composés sont présents à des niveaux bien plus élevés dans la feuille que dans le fruit, ce qui ouvre la voie à des ingrédients fonctionnels capables de renforcer le profil nutritionnel d’huiles ou d’autres aliments.
BIOREVALEAF : à Grenade, un projet pour créer des huiles d’olive fonctionnelles
En Espagne, le Grupo Operativo BIOREVALEAF, coordonné par le centre de recherche CIDAF avec la participation de l’Université de Grenade, pilote cette transformation. Le projet, doté d’un budget d’environ 298 027,72 € pour la période 2023-2025, vise à obtenir des huiles d’olive dites fonctionnelles à partir de feuilles fermentées. Les chercheurs résument leur objectif en parlant de "composés bioactifs à haute valeur ajoutée à appliquer à la formulation d'huiles d'olive fonctionnelles, en employant pour cela des procédés de fermentation", dans un texte cité par le média économique espagnol El Economista.
Pour y parvenir, l’équipe mise sur des fermentations par bactéries lactiques et sur des techniques d’extraction dites "green", comme le CO₂ supercritique ou l’eau subcritique chaude, décrites par le réseau européen EU CAP Network. Ce type de procédés permet de concentrer les polyphénols tout en limitant l’usage de solvants chimiques. Une étude référencée sur ScienceDirect rapporte par exemple que certaines fermentations peuvent augmenter la teneur en oleuropéine d’environ 55 % et en hydroxytyrosol de près de 36 %, ce qui renforce le potentiel de ces extraits pour la formulation d’huiles enrichies et d’autres matrices alimentaires.
Quels bénéfices nutritionnels attendre de la feuille d’olivier demain ?
Sur le plan nutritionnel, la feuille d’olivier fournit des fibres et un cocktail de polyphénols qui en font un candidat pour la catégorie d’"aliment fonctionnel". Ce terme désigne un aliment courant auquel on attribue un bénéfice spécifique démontré, sans en faire un médicament. À l’inverse, "superaliment" reste surtout un mot de communication, comme le rappelle l’organisme britannique Cancer Research UK, qui souligne qu’aucun aliment isolé ne protège à lui seul contre les maladies. La tisane de feuilles, la poudre alimentaire ou les extraits concentrés n’ont donc pas le même statut, ni les mêmes niveaux de preuve.
Dans les prochaines années, BIOREVALEAF prévoit surtout une apparition discrète mais croissante de ces extraits dans des produits transformés : huiles d’olive enrichies, produits laitiers fermentés, pains ou biscuits améliorés en polyphénols, selon les documents du CIDAF. Il ne s’agira pas de consommer des poignées de feuilles, mais des aliments formulés avec des doses standardisées, encadrées par la réglementation européenne. Les scientifiques ajoutent que "les résultats prévus avec l'exécution de ce projet sont la revalorisation intégrale de l'un des principaux sous-produits de l'olivier" et que "ce fait bénéficiera à la fois au secteur oléicole, avec la possibilité de création d'emplois par le développement de petites entreprises, et aux secteurs alimentaires, grâce à l'exploitation de cette source végétale à faible coût pour l'obtention d'ingrédients à haute valeur ajoutée".