Les aliments riches en polyphénols peuvent-ils renforcer la muqueuse intestinale face aux virus ?
Fuente del artículo: Futura
Par: Stéphanie Le Guillou
© Benjaporn, Adobe Stock
Les baies, le thé ou le cacao renferment des substances végétales capables d’influencer la barrière intestinale. Leur intérêt face aux virus digestifs suscite des recherches, mais la protection chez l’être humain reste à démontrer.
Avant de provoquer une infection, les virus digestifs rencontrent une muqueuse chargée de protéger l'intestin. Ce rempart n'est pas infaillible : le norovirus, notamment, peut entraîner une gastro-entérite. Les polyphénols présents dans notre assiette peuvent-ils renforcer les défenses locales ?
Une barrière intestinale sous influence
La muqueuse intestinale est constituée d'une couche de cellules recouverte de mucus, une substance protectrice. Entre ces cellules, des protéines forment des « jonctions serrées » qui contrôlent le passage des substances. À cette première ligne de défense s'ajoutent des cellules immunitaires, capables de réagir à la présence de microbes. Cette barrière doit rester sélective : elle laisse aussi passer les nutriments utiles à l'organisme.
Les polyphénols sont une vaste famille de composés fabriqués par les végétaux. On en trouve notamment dans la pomme, le raisin, les fruits rouges et le cacao. Certains, comme les flavanols, ont été étudiés pour leurs effets sur la barrière intestinale. Dans des expériences sur des cellules ou chez l'animal, ils peuvent favoriser la production de mucus et l'activité de protéines maintenant les cellules étroitement unies.
Leur action pourrait aussi passer par le microbiote intestinal, cet ensemble de micro-organismes vivant dans notre tube digestif. Une partie des polyphénols arrive dans le côlon, où des bactéries les transforment en molécules susceptibles d'agir sur la muqueuse et les défenses immunitaires. Certaines expériences suggèrent également une modulation des réactions inflammatoires et du stress oxydatif, phénomène pouvant endommager les cellules lorsqu'il devient excessif.
Une protection contre les virus non prouvée
Les chercheurs explorent aussi d'éventuelles propriétés antivirales. En laboratoire, certains polyphénols ou extraits végétaux peuvent gêner l'entrée de virus dans les cellules, ou leur multiplication. D'autres travaux suggèrent une influence sur les mécanismes immunitaires de la muqueuse, notamment la production de substances participant à la lutte contre les agents infectieux.
Toutefois, la plupart des résultats proviennent de cultures cellulaires ou d'expériences animales. Les quantités utilisées ne correspondent pas toujours à celles obtenues en mangeant des aliments ordinaires. Les effets varient aussi selon la molécule étudiée, le virus et le modèle expérimental. Surtout, préserver l'étanchéité de la paroi intestinale ne signifie pas empêcher un virus d'infecter ses cellules. À ce jour, on ne dispose pas de preuve clinique solide qu'une alimentation riche en polyphénols réduise le risque de gastro-entérite virale ou sa durée.
Privilégier une alimentation végétale variée reste pertinent : fruits, légumes, noix, cacao et thé fournissent différents polyphénols, aux effets potentiellement distincts. Ces aliments apportent également des fibres solubles, dont certaines nourrissent les bactéries intestinales. Mais aucun aliment, ni complément concentré en polyphénols, ne peut aujourd'hui être présenté comme une protection démontrée contre les virus intestinaux.